Né à Paris en 1975.

« D'une petite enfance de désensibilisé passée derrière les morceaux de scotchs sur les verres de mes lunettes, aux conflits de générations, du fond de la classe à constater des tonnes de visages sur mes cahiers de brouillons, au départ de la maison, de ma "nourriture de rêves" plein la tête sur ma "taille crayon", de ces boulots pas faits pour moi, jusqu'aux rencontres qui orientent la vie et qui me poussent à faire que ma passion de toujours, que mon temps libre devienne mon temps complet.

Depuis tout gosse je dessine des personnages.

Après avoir reproduit ceux de mes premières bandes dessinées, ceux de mes dessins animés préférés, ma famille, mes potes de bahut, je reste aujourd'hui toujours sur la même lignée sauf que j'ai remplacé le fait de reproduire par celui de créer.

Je m'invente toutes sortes de personnages, des êtres humains, animaux ou extra-terrestres, des êtres vivants en somme.

Je les imagine, crée leur apparence, leur caractère, les nomme, les déforme.

J'aime les travers de l'être, ceux qui construisent les plus belles fictions, ceux qui donnent vie aux drames, à l'amour, à la folie, ceux qui donnent de la profondeur à une histoire.

Je suis un amoureux de l'image et de l'imaginaire.

Dans les images et l'imaginaire, j'y étais quand Anne me raconta pour la première fois l'histoire de La Mystérieuse Fabrique de M. Meulburi.

Je suis rentré par la petite porte de la fabrique et de là, j’ai basculé dans un autre monde, dans cet imaginaire qui vous ouvre à autre chose, où apparaissent des lieux, des situations, des atmosphères et des personnages dont vous ne saviez rien deux minutes avant et qui vous emmènent ailleurs, qui vous emplissent d'un sentiment de plénitude, d'un bien-être comme après avoir vécu un moment agréable, surprenant, attachant.

L'histoire de La Mystérieuse Fabrique de M. Meulburi m’a fait voyager, mais il y a surtout le principe, l'idée en elle-même qui m'a tout de suite plu, faire de quelqu'un, en l'occurrence un enfant, le héros d'une histoire, une idée intelligente, une attention sur la difficulté que peuvent rencontrer les enfants avec la lecture.

Ce fut d'ailleurs mon cas plus jeune, je revois ma mère me ramenant mes premiers romans afin d'essayer de me faire lire autre chose que de la bande dessinée, dur dur de s'accrocher, je ne les ai jamais terminés.

Chouette idée, chouette histoire, M. Meulburi n'a pas tardé à montrer le bout de son nez. Anne me racontait l'histoire, je le voyais déjà, je l'imaginais avec le faciès se rapprochant de celui du barbu dans Le Voyage de Chihiro, un être impressionnant au premier abord, mais que l'on sent quand même tout de suite d'une profonde gentillesse et d'un grand savoir, quelqu'un de charismatique.

J'ai beaucoup aimé nos échanges, quand elle me décrivait l'image qu'elle s'était faite des personnages, de leurs caractères. Elle a tout de suite accroché avec mon essai sur Meulburi, on a plus creusé ensemble pour Faustine et les grands parents.

Des fois, je trouve rapidement où je veux aller, mais d'autres fois, c'est plus compliqué. Je me jette souvent un peu vite sur la feuille, sans idée au préalable, je creuse, laisse aller le crayon un peu où il veut. Quand la solution ou l'idée ne traîne pas trop, cela m'amuse beaucoup. Par contre, si les essais passent et repassent, que je rame, cela ressemble plus à un chemin boueux, j'arrive à en tirer des idées pour d'autres persos qui pourront me servir peut-être plus tard pour d'autres choses, puis, des fois, j'arrive à rien, j'en sors même bien épuisé.

J'aime l'impulsivité du jeté qui inspire tout de suite, mais galérer a parfois du bon quand on arrive à ce qu'on veut.

Sortir sur le papier l'image d'un personnage qui a déjà bien vécu de par sa relation avec son auteur, son créateur, trouver ce point d'accroche où, comme deux routes partant de deux lieux bien distants arrivent à se rejoindre en un point précis, où les désirs et les goûts de chacun contentent tout le monde, ce moment de recherche, ce moment d'écoute, de partage est un moment que j'aime.

Partager avec quelqu'un mon amour de l'imaginaire, mon obsession de création, vivre des moments hors du temps, partir à la recherche, trouver son chemin ou se perdre, c'est ma passion, c'est pour ça que je dessine ou peut-être que je dessine pour vivre ça.

Une chose est sûre, je vis mon dessin et compte bien vivre. »

Kriklin